Passer à la postérité

Innombrables, les images en mouvement s’accumulent à une vitesse folle sur Internet. Documentaires, longs métrages, animations, publicités, bandes-annonces, films artisanaux sortis de nulle part, les entrepôts virtuels, les portails de toutes sortes, les pages personnelles aussi semblent déborder d’images et de sons. Impossible, même pour l’internaute le plus déterminé, de tout voir, ou, tout simplement, de s’y retrouver. Alors que la plupart des sites consacrés à la diffusion misent naturellement sur les nouveautés, à San Francisco, l’Internet Archive (www.archive.org/movies), un organisme sans but lucratif, fait le pari contraire.

Internet Archive engrange des archives en tous genres (radio, textes, sites Web) de manière à constituer une immense bibliothèque en ligne, prolongement numérique de celles dont on arpente les rayons depuis des siècles. Le site est aussi austère et organisé qu’une bibliothèque. Créées en 1996 au Presidio de San Francisco, ces archives étaient d’abord destinées aux chercheurs. Trois ans plus tard, on a ouvert les portes (virtuelles) et rendu les diverses collections plus accessibles. Au nom de la mémoire.

Ce site comporte une section cinéma, un ensemble hétéroclite de films, courts et longs, que l’on peut consulter gratuitement. On peut même les graver sur DVD en se conformant à la marche à suivre.

Patience et méthode
La section cinéma de ces archives en ligne est placée sous le signe de l’abondance. Avec un peu de patience et de méthode, voire une boussole et une lampe de poche, on finit par y trouver de nombreux courts métrages disséminés dans diverses collections. L’internaute cinéphile ne doit surtout pas chercher là un quelconque équivalent californien de la Cinémathèque française. À des années lumière des politiques de conservation propres aux cinémathèques, l’auberge Internet est ouverte à tous les vents. L’objectif n’est pas d’y préserver les meilleurs films ou de proposer un échantillonnage représentatif de la production courante. On accumule. De tout.

Qu’on en juge. Les archives comprennent notamment les 359 films de la collection Brick Films (www.brickfilms.com), un ensemble de courts métrages d’animation amateurs fabriqués avec des blocs Lego. On constate que Spider Man : The Peril of Doc Ock (2004) y est toujours aussi populaire. Au rayon animation, Internet Archive offre aussi une collection de cartoons américains des années 30 et 40 remastérisés. Parmi ces cinquante-neuf courts métrages, on remarque quelques épisodes des aventures de Betty Boop, Bugs Bunny, Woody Woodpecker et Popeye. Mais ce ne sont pas les seuls cartoons puisqu’on peut visionner Popeye the Sailor Meets Ali Baba’s Forty Thieves (1937) dans la collection Feature Films.
en tête de liste

Afin de simplifier la consultation, Internet Archive met en évidence la liste des courts les plus appréciés des internautes dans chacune des collections, celle des films les plus regardés de même que les choix de l’équipe. Si certains films n’attirent à peu près personne, il en va autrement de Duck and Cover (1951), un des courts métrages les plus populaires. Près de 250 000 visionnages. Bert la tortue y explique aux enfants ce qu’il convient de faire en cas d’attaque nucléaire. Est-on jamais assez prudent ? Il y a plus populaire encore que les précieux conseils de Bert. Les images de Tsunami-Phuket, un film amateur tourné au moment de la catastrophe naturelle qui dévastait une partie de l’Asie à la fin de 2004, ont attiré l’attention de plus de 600 000 internautes. Les voûtes des archives comptent plusieurs de ces curieux films de vacances que s’arrachaient les chaînes télé il y a un peu plus d’un an.

Ces archives ne sont pas exclusivement américaines. On y trouve une collection allemande mais peu de films français. En revanche, quelques cinéastes québécois associés au mouvement Kino y ont stocké une soixantaine de leurs courts métrages. Leurs films passeront-ils à l’histoire lorsque ces archives en ligne se multiplieront un peu partout sur la planète ?