Christophe Blanc compte parmi les réalisateurs, qui, en quelques courts métrages, donnèrent le sentiment que quelque chose bougeait en profondeur dans le cadre du jeune cinéma français des années 1990. En deux films seulement (le second fut distribué en salle), il s’imposa comme un possible héritier de Pialat, révélant dans ces films assez fiévreux des acteurs que l’on ne revit pas assez par la suite (Jean-Jacques Benhamou, Françoise Descarrega, Sarah Haxaire).
Pour qui l’avait vu alors, Faute de soleil, drame entre bitume et néons mettant en scène la relation compliquée d’un aveugle auto-destructeur et d’une strip-teaseuse amoureuse, demeure un souvenir de cinéma poignant. Plus classique, plus codifié, le beau polar familial que le cinéaste sort aujourd’hui après une longue éclipse témoigne d’un revirement assez net et assez convaincant aussi. Changement de milieu, certes, puisque le petit malfrat de Violente laisse la place au chef d’entreprise incarné par François Cluzet, mais le sens du décor et de la brutalité sèche demeurent. La moindre des choses pour un bon film de genre... SK
Sortie le 17 mars 2010
Filmographie de courts métrages
Violente (1991, 35 mm, 29')
Faute de soleil (1995, 35 mm, 57' - photo)

Le passage de Frédéric Chignac par le court métrage s’effectua sous le sceau de l’insolite, notamment son astucieux Distracteur qui offrait une singulière parabole des rapports de hiérarchie et de contrôle en milieu professionnel. De cet univers froid et déshumanisé, le réalisateur passe, dans Le temps de la kermesse…, à l’accablante chaleur d’un coin désertique d’Afrique, où un homme d’affaires – incarné par le trublion médiatique Stéphane Guillon – tombe en panne, se voyant contraint à un séjour forcé dans un hameau échoué en marge du monde. Cela donne au réalisateur l’occasion idéale de se livrer à une fable géopolitique, presque un conte, sur un autre grand équilibre humain, à l’échelle des continents celui-là : la relation Nord/Sud, avec sa cohorte de répercussions comme les réflexes post-colonialistes du Blanc d’Afrique, l’inconséquence coupable du touriste occidental de passage, la corruption généralisée ou le rêve chimérique et funeste, pour la jeunesse locale, de gagner l’Europe. Sans atteindre la truculence caustique d’un Marco Ferreri dans Y’a bon les Blancs, Chignac réussit sa comédie satirique, jusqu’au dénouement d’une cruauté cynique hélas à la mesure de la réalité. CC
Sortie le 17 mars 2010
Filmographie de courts métrages
Les miracles du petit Kovacek (1998, 35 mm, 25')
Le distracteur (2000, 35 mm, 21' - photo)

“La vie est faite de morceaux qui ne se joignent pas” dit Mlle Brown dans Les deux anglaises et le continent de François Truffaut. D’une certaine façon, ces mots pourraient s’appliquer au dernier film de Patric Chiha, Domaine, mais aussi aux courts métrages qui l’ont précédé. Car face à ce constat que toute vie est forcément morcelée, mise à mal par la vie elle-même, Patric Chiha observe à distance, avec une persévérance clinique, ce qu’il y a de plus chaud et de plus enfoui chez l’être humain. Ce qu’on aurait pu prendre pour une mélancolie vague dans Casa Ugalde, où le cinéaste imaginait le parcours affectif d’un couple à travers un album de photos trouvé aux puces, contenait déjà en germes les explosions à venir d’Où se trouve le chef de la prison et de Home. Des moments où le corps et/ou la parole d’un personnage sont/est traversé(s) par un souffle qui leur/lui échappe, phénomènes directement inspirés par l’œuvre de l’écrivain autrichien Thomas Bernhardt. Une prise de parole irrépressible, faite aussi de silence, portée à l’incandescence par Béatrice Dalle dans Domaine. FB
Sortie le 7 avril 2010
Filmographie de courts métrages
Casa Ugalde (2004, 35 mm, 20')
Les messieurs (2005, Beta SP, 52')
Le jardin (2005, Beta SP, 6')
Home (2006, 35 mm, 50' - photo)
Où se trouve le chef de la prison ? (2007, 35 mm, 18')

Elsa, la trentaine, est divorcée et maman d’un garçon de dix ans dont elle aimerait récupérer la garde. En recherche d’emploi, elle attend une réponse pour devenir “hôtesse de caisse” en supermarché, dans la pire des urgences car elle a été expulsée de son studio et doit dormir dans sa voiture. Pas évident d’assumer, dans ces conditions, son week-end de garde de ce fils qui lui manque tellement… On retrouve dans Huit fois debout ce beau personnage de cinéma, interprété avec sensibilité et force par Julie Gayet, après S’éloigner du rivage. Le long métrage reprend le court en l’intégrant dans une version retournée, quasiment à l’identique, quoique l’enfant ne soit pas le même. La narration se développe en amont de cet épisode initial qui devient le climax du format “allongé”. La tonalité dramatique est du même coup atténuée, l’itinéraire préalable d’Elsa échappant au misérabilisme par la grâce d’un registre de comédie douce-amère, sinon romantique, évoquant certaines productions récentes de la production “indé” américaine. Une référence qui détonne dans le contexte traditionnel du jeune cinéma français, mais qui n’est cette fois pas galvaudée. CC
Sortie le 14 avril 2010
Filmographie de courts métrages
Avec vautours (2003, 35 mm, 22')
L'invention du demi-tour (2005, Digital Betacam, 18')
S’éloigner du rivage (2007, 35 mm, 23' - photo)
