En allant chercher son prix de la mise en scène à Cannes, Mathieu Amalric rappela qu’il avait commencé derrière la caméra (comme assistant monteur) alors qu’on le connaît surtout, évidemment, pour ses rôles devant celle de Desplechin et de tant d’autres. Si Tournée est son quatrième long métrage, Amalric a réalisé son premier court dès 1986, bien avant d’illuminer Comment je me suis disputé (ma vie sexuelle), le film qui le révéla comme acteur.
Comédien par accident ? Peut-être… Toujours est-il qu’il n’est pas devenu cinéaste par hasard, qu’il ne s’agit pas, comme souvent, d’un caprice d’acteur se disant que lui aussi, désormais, peut signer un film. Mathieu Amalric est donc un cinéaste et c’est peut-être son meilleur rôle. Les yeux au plafond, sorte d’autofiction infusée de Nouvelle Vague, en attestait dès le début des années 1990 et Le stade de Wimbledon, dans lequel il ne joue pas, vint dix ans plus tard le confirmer. Plus anecdotiques, deux courts réalisés récemment dans le cadre d’un dispositif destiné à promouvoir de jeunes comédiens réussirent toutefois à ménager, dans un cadre souvent peu propice à l’irruption de la grâce et du cinéma, de beaux moments de jeu…
Stéphane Kahn
Sortie le 30 juin 2010
Filmographie de courts métrages
La seule différence c’est que les cafés sont plus chers (1986, 16 mm, 19')
Sans rires (1990, 16 mm, 19')
Les yeux au plafond (1993, 16 mm, 25')
À l’instar du Père Noël et de la pizza (Talents Cannes 2007) (2007, 35 mm, 5' - photo)
Deux cages sans oiseaux (Talents Cannes 2007) (2007, 35 mm, 9')

Le monde du travail n’offre pas si souvent la toile de fond des films français pour ne pas saluer la persévérance de Marc Fitoussi à y puiser les ressorts de ses comédies. Avant d’être, dans Copacabana, la chef sans états d’âme de la fantasque Babou (Isabelle Huppert), échouée comme vendeuse d’appartements en multipropriété à Ostende, Aure Atika avait déjà formé des représentants en confiserie dans Bonbon au poivre. En face d’elle, Annick, la cinquantaine, refusait de se prêter aux jeux de rôles censés l’initier aux techniques de vente. Elle n’avait plus l’âge d’être dupe et préfèrait son jardin secret, la danse. Toute ressemblance avec la passion de Babou et la complicité qui naît entre la chef et son employée n’est pas fortuite.
Chantal Banlier, Lutin de la meilleure actrice en 2007 pour le rôle d’Annick, fut une dragueuse vite rembarrée par Maryline Canto, dans une boîte homosexuelle, dans Illustre inconnue, et une cliente de l’agence de voyage dans Sachez chasser. Elle appartient à ces comédiens fidèles à Fitoussi. Stéphane Guillon en est un autre. Employé obséquieux, il est invité à la campagne par son patron pour une partie de chasse (Sachez chasser) ; il y croise Évelyne (Camille Japy) à qui sa chef a confié la garde de sa maison. Pris dans des rapports hiérarchiques similaires, ils n’ont pas la même façon de s’y plier. Comment tenir son rôle, jusqu’où y croire ? Tels sont les motifs qui irriguent les comédies sociales de Marc Fitoussi et que brouille quelque peu la valse des sentiments.
Jacques Kermabon
Sortie le 7 juillet 2010
Filmographie de courts métrages
Sachez chasser (coréalisé avec Elsa Barrère) (2002, 35 mm, 32')
Illustre inconnue (2003, 35 mm, 27')
Bonbon au poivre (2005, 35 mm, 35' - photo)
L’éducation anglaise (2005, 35 mm, 52')

Décrire la carrière du réalisateur, scénariste et acteur Gilles Marchand nécessiterait des pages. Côté courts, après deux films d’école tournés à l’IDHEC (Nuit Blanche, L’étendu), Gilles Marchand réalise Joyeux Noël (1993) et C’est plus fort que moi (1999). Un loser un peu crâneur y fait office de héros. Il est ce jeune con qui a tout lu, tout vu, tout bu…
Dans Joyeux Noël, il s’appelle Philippe (interprété par Philippe Praliaud), il incarne le Parisien parasite de retour dans sa famille, pas vraiment bienvenu car méchant et impoli ou tout simplement trop décontracté. À la vanité de ce personnage semble correspondre une certaine vacuité du monde. La situation surannée, la famille démodée, le décor bon marché évoquent les Deschiens des années 1990. Mais avec Marchand, la chronique sociale est grinçante, l’état des lieux dominé par un regard cynique et noir comme seul exutoire.
Dans C’est plus fort que moi, Marchand se débarrasse de la famille, de la province. Le décor change, le protagoniste, Philippe (toujours interprété par Philippe Praliaud) reste le même. Jeune artiste photographe inactif, il aborde une jeune femme dans le métro, l’invite chez lui, puis à un défilé de haute couture, où la jeune femme le laisse tomber pour un autre. Réalisé à la fin des années 1990, avant que le succès ne devienne matière à programmes télévisés, ce film à l’amertume rentrée est une comédie de caractères, où le personnage principal fait de sa vie, une œuvre d'art et de l’échec, une finalité.
Donald James
Sortie le 14 juillet 2010
Filmographie de courts métrages
Nuit blanche (1985, 16 mm, 11')
L’étendu (1988, 16 mm, 25')
Joyeux Noël (1993, 35 mm, 17' - photo)
C’est plus fort que moi (1999, 35 mm, 26')
