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la petite collection

Festival de Locarno : 20 ans de Léopards de demain

En 1991, le Festival International du Film de Locarno créait les Léopards de Demain, section compétitive entièrement consacrée aux courts et aux moyens métrages et réservée aux jeunes auteurs indépendants ou aux étudiants des écoles de cinéma n’ayant pas encore tourné de longs métrages. Nous avons questionné Chicca Bergonzi, longtemps animatrice de la section et Alessandro Marcionni qui lui a succédé.

 

Quel est votre plus lointain souvenir des Pardi di domani ?

Chicca Bergonzi : Une projection au Cinéma Rex, en 1994, un an avant de commencer à collaborer avec le Festival. C’était l’année de la monographie dédiée aux courts américains et canadiens. La salle était archi bondée, la chaleur assez insupportable mais les spectateurs étaient scotchés en regardant Le petit musée de Velasquez de Bernard Hébert. Ne pouvant plus espérer de pouvoir un jour danser comme les La La La Human Steps, je me suis dit que travailler à Locarno pour un public si curieux pouvait aussi faire l’affaire.

Alessandro Marcionni : Mis à part les années passées à regarder tous les courts en salle à Locarno, c'est sans doute l'appel de Chicca Bergonzi, responsable de la section, qui m’a réveillé à 8 heures du matin un jour de septembre de 2003. J'avais déjà collaboré avec le Festival à plusieurs occasions et juré à moi-même de ne plus jamais me faire engloutir par les rythmes de travail fous qu’implique une manifestation de cette importance. Ma réponse à sa proposition de devenir son assistant à donc été un sec... “jamais!” Je remercie chaque jour qui passe Chicca de m'avoir convaincu de tenter cette aventure dans les Pardi di domani, qui s'est révélée être le travail de mes rêves.

 

Comment avez-vous été amenée à prendre la direction de cette section ? Quelles évolutions avez-vous perçues tant du point de vue de la section que des courts métrages proposés ?

CB : En 1995, Marco Müller et Michael Beltrami décidèrent de consacrer la monographie de la section à l’Italie. À l’époque, je travaillais à Milan pour l’Association Filmmaker, dont le but était de promouvoir le cinéma indépendant italien. Ils nous ont demandé de collaborer à cette programmation. J’ai travaillé avec Michael pendant plusieurs mois entre Milan et Locarno. Après cette édition, on m’a proposé de continuer comme coordinatrice. Au départ de Michael en 1998, j’ai repris la direction de la section et j’ai à mon tour passé le témoin à Alessandro. On peut dire que la section est un “laboratoire” pour les réalisateurs comme pour les programmateurs : on y grandit, on évolue et c’est très bien comme ça !
Dans le cours des années, la section a pu améliorer son offre et son organisation, se doter de plus de moyens, renforcer sa programmation, se donner plus de visibilité à l’intérieur de la programmation du Festival en proposant des parcours des plus en plus riches, jusqu’à devenir une des sections les plus fréquentées et appréciées du Festival. Si la formule monographique a fait ses preuves en permettant à la section de se créer des contacts précieux dans le monde du cinéma et à ses programmateurs d’approfondir les tendances et les territoires des cinématographies émergentes, elle a commencé aussi à montrer ses limites. Le passage définitif à une compétition internationale il y a trois ans a permis à la section de gagner en visibilité et crédibilité ! Elle a vu à nouveau ses spectateurs augmenter, s’est définitivement affirmée dans le domaine du court comme une des compétitions courts-métrages “phare” parmi les festivals généralistes internationaux.

 

Comment pensez-vous que vos choix, vos goûts ont évolué au fil des ans ?

CB : En voyant énormément de films, il est évident que mon regard est devenu de plus en plus exigeant, à la recherche d’innovation, d’originalité et, plus généralement, d’une remise en cause de la part des créateurs vers un langage cinématographique hors piste, ‘rebelle’, au delà des genres pré-établis. Comme tout le monde, j’ai bien sûr des préférences (j’ai grandi avec les musicals !), mais j’avoue une sensibilité particulière pour des films non narratifs ou ceux qui mêlent fiction et documentaire. À Locarno, je sais avoir osé des choix qui n’ont pas forcement été compris. Si aujourd’hui la section est appréciée par le public c’est qu’elle propose une vision très large et diversifiée du monde du court et du jeune cinéma, dans un mélange de films innovateurs, exercices de style et moments de « pur divertissement » avec des histoires plus légères. C’est aussi pour cela qu’il était pour moi important, après tant d’années, de confier la programmation à un regard nouveau, plus “frais” !

 

Justement, Alessandro, comment êtes-vous arrivé à la tête de cette section ?

AM : J'ai commencé aux Pardi di domani en 2004, en qualité d'assistant de Chicca Bergonzi, peu après avoir terminé mes études en cinéma. Une fois découvertes les énormes satisfactions que ce travail peut donner, tant au niveau professionnel que personnel, je ne pouvais plus m'en aller! Je suis devenu coordinateur de la section en 2006 et en ai pris la responsabilité en 2009, après le passage de Chicca à d'autres charges au sein du Festival.

 

Les Pardi di domani ressemblent un peu à un festival dans le festival. Partagez-vous ce sentiment? Quels sont les liens avec les autres sections? avec la direction du festival ?

CB : C’était peut-être le cas quand je suis arrivée à Locarno : la section était très indépendante, avait son propre programme et son organisation interne. Au fil des années, tout en gardant l’esprit de liberté et d’autonomie dans la programmation, j’ai voulu la rapprocher le plus possible de la “machine festivalière” pour que les Léopards de demain soit reconnus comme une des sections officielles du Festival, pour que ses invités puissent recevoir le même traitement. Ce long processus a été bien compris par tous les directeurs artistiques qui se sont succédés. Aujourd’hui, être invité à Locarno pour un jeune réalisateur signifie montrer son film à un vaste public averti, côtoyer des professionnels du cinéma contemporain, dans un esprit d’échange et de confrontation. Ce n’est pas par hasard que beaucoup de réalisateurs venus pour la première fois à Locarno aux Léopards de demain y retournent plus tard avec leur premier long métrage.

AM : La section a su se développer au sein du festival comme un vrai laboratoire de découverte. Troisième compétition officielle à Locarno, avec la compétition Internationale et la compétition Cineasti del Presente, la section Pardi di domani est tout à fait intégrée dans le programme et dans l'âme même du Festival. Il est vrai aussi que la gestion des contacts et du travail lié au monde du court métrage est très spécifique. La section est en effet gérée de façon assez indépendante, avec sa propre équipe et son propre comité de sélection. Le contact avec les autres sections ainsi que la discussion avec la direction artistique restent en tout cas des éléments très cruciaux pour nous. Tous demeurent toujours présents pour signaler tel ou tel film découvert pendant leur travail.

 

Vous venez de prendre les rênes de cette section. Comment envisagez-vous l’avenir des Pardi di domani ?

AM : L'édition 2010, la vingtième de la section Pardi di domani et ma deuxième en qualité de responsable, sera l'occasion de fêter le passé, mais aussi de souligner combien nous sommes en pleine forme! La génération d'internet et des séries TV est de plus en plus ouverte aux formats courts et l'attention que le court métrage provoque chez le public du cinéma est beaucoup augmenté dans les dernières années. Je crois que la formule affinée en ces vingt ans est un très bon équilibre de compétition et de vitrine pour la production mondiale de courts métrages. Je ne peux donc que suivre les pas de ceux qui m'ont précédé, notamment Chicca Bergonzi et Michael Beltrami, en essayant d'utiliser toutes mes forces et mes connaissances pour identifier la relève du cinéma de demain.

Propos recueillis par Jacques Kermabon


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