bref107

inscrivez-vous
à la liste de diffusion des soirées Bref à Paris

Code de sécurité

Filtre Antispam. Veuillez saisir le code qui apparait dans l'image ci-dessus.

chapo_livres

ocelot

2012, ANNÉE FRANJU

Le 12 avril 2012, Georges Franju aurait eu cent ans. Il fut, avec Henri Langlois, un des fondateurs de la Cinémathèque française, laquelle lui a rendu un hommage le 16 avril dernier à défaut de pouvoir proposer une intégrale de ses films, certains étant bloqués pour “d’obscures raisons juridiques”. Dans les années 1950, le cinéaste se fit un nom parmi les réalisateurs de courts métrages, films de commande au service de différents organismes, dont la crudité du réalisme associée à un goût de l’étrangeté ont assis sa notoriété. On l’enrôla ainsi sous les étiquettes de réalisme, de fantastique, de surréalisme quand les mots n’étaient pas associés entre eux. Il n’est donc pas surprenant de titrer un ensemble qu’on lui consacre Le mystère Franju.

Le cinéma de Georges Franju échappe aux définitions et a toujours été hors du temps. Son inspiration se nourrit dans un passé idéalisé du cinéma, celui des serials. En même temps, ses histoires puisées au sein de la culture populaire, l’étrange poésie de son style, son élégance distancée qu’on prit parfois pour de la raideur, sont revendiquées par des maîtres du gore et l’on en peut suivre les traces jusqu’à des auteurs comme Stanley Kubrick ou Pedro Almodóvar.

Le dossier réuni par Frank Lafond explore de nombreux chemins croisant thématiques transversales – la peur chez Franju, le principe de l’évasion, le rôle des masques… – et approches film par film, courts et longs métrages. Des entretiens complètent l’ensemble, un inédit de Franju avec Jean-Pierre Pagliano, un avec Jean-Pierre Mocky, anecdotique, et un autre avec Jacques Champreux riche de savoureuses anecdotes. Gérard Leblanc décortique quelques poncifs critiques avancés à propos du cinéaste, pointant en particulier la difficulté à manier des mots comme réalisme, fantastique, réel. Il qualifie la démarche de Franju comme avant tout poétique, fruit de la “confrontation explosive entre l’explication apparemment rationnelle d’une réalité donnée et ce que le cinéaste en a ressenti et compris.” Cette confrontation ouvre à l’indétermination et suspend toutes significations. Et de conclure : “C’est ce qui la rend si difficilement analysable, aujourd’hui comme hier.

Pascale Risterucci en a sans doute mesuré toute la difficulté en se penchant sur Les yeux sans visage. Elle suggère une multitude de pistes en décortiquant par le menu ce qui apparaît à l’image, tire de multiples fils parfois trop, comme lorsqu’elle associe des déambulations des personnages près du Palais de Chaillot à la Cinémathèque française, laquelle n’a intégré ces lieux qu’en 1963, soit trois ans après la sortie du film. Les échos, certes érudits, que Pascale Risterucci suggère, donnent le sentiment de transformer le film en un ensemble de hiéroglyphes à déchiffrer. Si on gagne en éclairages précieux, on perd un peu de vue le trouble que le film instille, ou, pour reprendre le mot de Leblanc, sa poésie.

Jacques Kermabon

 

 

Frank Lafond (dir.), Le mystère Franju, CinémAction n° 141, 2011, 24 euros.
Pascale Risterucci, Les yeux sans visage de Georges Franju, Yellow Now, 2011, 12,50 euros.

 

facebook  twitter

Recherche

Retrouvez un article publié sur le site de Bref

calindex
pave_francoise