
Déjà édité chez Sony Music Video si nous en croyons les renseignements glanés sur le net, La bataille du rail s’offre une nouvelle jeunesse remasterisée dans un coffret généreux en compléments. Associé à la Seconde Guerre mondiale, le réseau ferré peut assez vite évoquer les convois des déportés à l’acheminement desquels la SNCF a participé. Le premier long métrage de René Clément, commandité par le Conseil national de la résistance, porte au contraire l’accent sur les actions qui ont grippé la machine ferroviaire. Il constitue une des pierres propres à dessiner l’image d’une France résistante.
Dans un entretien, l’historienne Sylvie Lindeperg décrit la genèse du film, au départ un court métrage. C’est le chef-opérateur Henri Alekan qui aurait soufflé le nom de René Clément pour avoir tourné avec lui en 1943, Ceux du rail, qui retrace les vingt-quatre heures d’un chauffeur de locomotive et de son mécanicien sur la ligne Marseille-Nice. Ce court métrage figure en complément tandis que, dans un autre supplément (enregistré en 1988), Alekan en raconte le tournage sur la Côté d’Azur au cours duquel il crut son réalisateur mort après qu’il fut éjecté de la locomotive.
À la suite d’un premier tournage pour La bataille du rail, René Clément propose un montage qui séduit ses commanditaires au point qu’ils décident d’allonger le métrage du film. D’où sans doute les deux parties aux styles distincts que pointe Lindeperg. La première apparaît plus proche des canons des courts métrages documentaires – il n’est pas nécessaire d’invoquer le cinéma soviétique comme elle le fait – et la deuxième a la narration un peu plus charpentée – action et suspens sont convoqués. En outre, à “l’homogénéité sociale et à l’anonymat” succède, explique l’historienne, une personnalisation des personnages et l’intrusion de cadres de la SNCF comme appartenant à la Résistance. Ce n’est plus uniquement la classe ouvrière qui est le fer de lance de la Résistance mais l’entreprise SNCF en tant que telle.
Le film élaborera ainsi une imagerie, contribuera à fonder un imaginaire et il n’est pas rare que des images ou des extraits en soient repris pour illustrer les faits d’armes de la Résistance.
En 1969, Les dossiers de l’écran consacrèrent une soirée au premier long métrage de René Clément. L’émission figure aussi en complément, des résistants donnent leur version des faits en répondant aux questions des téléspectateurs. Au regard du rythme des talk-shows d’aujourd’hui, cette télévision d’antan donne le sentiment de cheminer à un train de sénateur.
Jacques Kermabon

René Clément, La bataille du rail, INA, 2010, 24,90 €.