Tournage argentique : bientôt un souvenir ?
La Grande Illusion : renaissance
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Selon le Syndicat de l'Édition Vidéo Numérique, le marché de la vidéo - DVD, Blu-ray et VOD - en France en 2011 a connu une baisse de 2,7%, à 1,49 milliard d’euros.
En cause pour le SEVN : une offre de nouveautés moins riche et de la persistance du piratage
Plus que la VOD, les supports physiques sont les plus touchés avec une baisse de 9%.
Toutefois, avec plus de 10 millions de disques vendus en France, le Blu-ray a crû de 20% et représente 16% du chiffre d’affaires du marché physique, soit 210 millions d’euros contre 12% un an auparavant.
Avec plus de 20 000 programmes dont plus de 6500 films disponibles légalement, le marché 2011 de la VOD atteint 230 millions d’euros, soit une hausse supérieure à 50% par rapport à 2010.
Malgré la baisse, les revenus de la vidéo restent supérieurs à ceux des salles de cinéma.
Compte tenu des coûts de fabrication, et notamment des frais de licence, le Blu-Ray est quasi accessible au court métrage, contrairement au DVD. Ce dernier n'offre pas de HD, contrairement à la VOD : celle-ci vous semble-t-elle une bonne alternative à la projection en salle pour une diffusion de qualité ?
Juste après que Kodak USA se fut placé sous l'article 11, une procédure américaine plus souple et protectrice que nos dépots de bilan et autre règlement judiciaire, Kodak France faisait savoir que la France et les autres filiales ne sont pas concernées et que le business continuait "as usual". Le redressement de la maison mère passe quand même par la vente pour près d'un milliard de dollars d'un énorme portefeuille de brevets et on peut s'interroger sur l'utilisation de ces brevets par les filières s'ils n'appartiennent plus à Kodak.
Plus de 80% des produits Kodak sont issus aujourd'hui du munérique et le florissant secteur Impression-arts graphiques est très représentatif de cette mutation. Le secteur cinéma argentique (les pellicules 35 et 16mm) fait donc un peu figure de survivance, malgré les efforts pour en améliorer les qualités. On peut se demander si l'on pourra encore tourner longtemps sur pellicule (notamment sur pellicule Kodak, Agfa s'est depuis longtemps replié sur l'industrie graphique et l'imagerie médicale) à l'heure d'une numérisation générale du cinéma (plus de 3800 écrans déjà équipés et la mutation s'accélère, qualité des nouvelles caméras numériques tant en résolution qu'en dynamique et colorimétrie).
Une chance pour Fuji ?
La Grande Illusion ? Un film mythique, une vache sacrée, un incontournable de l’histoire du cinéma… finalement peu connu aujourd’hui : quelques passages épars à la télévision, le souvenir pour les pré-soixante-huitards d’une copie 16mm rayée au ciné club du collège.
En collaboration avec la Cinémathèque de Toulouse, Carlotta et Studiocanal redonnent vie au chef d’œuvre de Renoir grâce à une restauration en 4K du négatif original. Un négatif confisqué par les nazis en 1940, récupéré dans les ruines de Berlin par les soviétiques, conservé comme « film-trophée » par le Gosfilmofond qui le donnera à la Cinémathèque de Toulouse dans les années 70.
En 1997 une première restauration rétablissait la version originale et générait un marron de conservation et des éléments de tirage film. La nouvelle génération repart du négatif nitrate, scanné en 4K par le laboratoire L’Immagine Ritrovata (Bologne), restauré et étalonné numériquement. Le négatif son a été lui aussi scanné puis restauré.
Le résultat sur un DCP 2K est bluffant. Seul le son reste daté « son optique des années 30 », avec une bande passante et une dynamique limitées, mais il est très propre. L’image est… quasi parfaite, à la fois contrastée et riche en nuances, moderne. Cette capacité d’une image N&B bien restaurée à revivre et à porter de l’émotion illustre bien ce qu’il aurait fallu faire dans la série Apocalypse de Costelle et Clarke au lieu de colorisations imbéciles –et techniquement pitoyables malgré les prétentions de leurs auteurs.
Fresnay, Gabin, Dalio, Carette, Von Stroheim, Parlo prennent une présence et une force qui par moment serre la gorge.
Une restauration en 2K aurait-elle été inférieure ? Ce n’est pas certain : le grain est bien reproduit sur le DCP 2K (il est surtout visible sur les plans en fondu enchaîné) et les pellicules et optiques de l’époque avaient une résolution inférieure à cette norme. Toutefois le scan 4K assure une restitution des micro-contrastes maximale.
Cette restauration 4K constitue un élément de sauvegarde de la meilleure qualité possible pour le moment, sa pérennité est assurée par un retour sur film (on connait la stabilité des pellicules N&B d’archivage).
Si vous ratez la sortie en salle (*), le film sort en Blu-ray le 21 février dans la « Studiocanal Collection ».
(*) Paris : Nouveau Latina / Champo / Mac Mahon.
Bordeaux / Lyon / Tours / Strasbourg / Lille / Rennes / Aix / Montpellier / Amiens
Copies 2/3 DCP, 1/3 argentique
Sony vient de présenter dans un salon du Royal Monceau un projecteur vidéo 4K étonnant. Le Sony VPL-VW1000ES est en effet destiné... au Home cinema !
En l'absence totale de sources 4K pour le grand public, la décision peut surprendre. Certes l'évolution vers le 4K du Blu-ray est plus ou moins prévue (les standards : capacité, compression, débit ne sont pas encore fixés par la Blu-ray Disc Association), mais ce sera au prix d'un changement total de matériel et cela risque fort d'être un marché de niche.
Home cinema, le Sony VPL-VW1000ES l'est d'abord par sa connectique : du HDMI, pas de HD-SDI. Cela lui ferme le marché de la post-prod alors qu'il ferait sensation en salle de mixage même sur de simples sources 2K. Le projecteur est en effet doté d'un scaler qui intègre le principe du "Reality creation" équipant sur certains téléviseurs Sony.
Le système ne se contente pas de calculer les pixels manquants. Il les corrige à partir d'une base de données statistiques qui prend en compte texture, contour, contraste et couleur. Chaque pixel inséré est dont un "pixel probable" dont la pertinence dépend de l'expérience accumulée de Sony. Une bonne protection contre la concurrence, une image flatteuse mais une démarche pas forcément rigoureuse : ce projecteur est plus orienté "plaisir" que "contrôle", ce qui confirme son orientation Home cinema.
De fait, ça marche. Les images sélectionnées par Sony sont évidemment démonstratives, les détails très fins plus visibles, mais quid sur une source que nous connaissons bien ? En l'occurrence le Blu-ray de West side story (scan à partir du négatif 65mm). Le survol de New York est étonnant de propreté et de détails, nettoyé du bruit résiduel du disque (pourtant d'une qualité exceptionnelle). On peut être nettement plus près de l'écran qu'en projection HD traditionnelle sans que la netteté en souffre, la matrice disparait, on est au cinéma... dans les limites de luminosité -et donc de taille écran- du projecteur. La version commercialisée début 2012 offrira 2000 lumens mais le prototype utilisé au Royal Monceau n'en dispensait guère que la moitié.
En bon projecteur home cinéma, le VPL-VW1000ES est équipé d'un iris, en l'occurrence l'Advance Iris3, qui procure un contraste dynamique important. Sony parle de 1 000 000:1 mais cela ne signifie pas grand chose : ses projecteurs 4K pro revendiquent 4000:1 et n'ont pas besoin d'iris !
La nouvelle matrice SXRD, plus petite, est au format 0,74 pouces, c'est à dire que les pixels passent de 7µm à 4µm. Une contrainte très forte sur le plan optique. Il a fallu développer un nouveau zoom (rapport 2.1x) particulièrement performant pour que le 4K soit effectivement reproduit avec suffisamment de contraste.
La résolution de la matrice permet aussi d'optimiser la projection de sources anamorphosées. On s'étonnera toutefois que les images d'origine 16/9 présentées étaient légèrement "croppées" en haut et en bas. Il aurait mieux valu les présenter complètes en 2160 (pleine résolution haute) x 3840 de large. Affaire de réglage ?
Bien qu'une matrice 4K puisse théoriquement afficher deux images 2k côte à côte, l'objectif unique restreint la projection 3D au système de projection alternée, contrairement aux 4K pro de la marque capables de présenter simultanément les images gauche et droite.
A un peu moins de 20000€, le VPL-VW1000ES est une manière couteuse de se faire plaisir : avec ses 2 grands écrans côte à côte, un pour le 2k et l'autre pour le 4k, la présentation du 14/12 démontrait surtout que le 2K ou le Blu-ray, c'est déjà très, très bien !
Le Sony est-il utilisable professionnellement ? Ce n'est pas sa cible mais il existe des convertisseurs HD-SDI vers HDMI très abordables et, sans le restreindre au 4k, ce projecteur devient alors utilisable en post-prod (pas pour l'étalonnage et le contrôle) et offre une projection flatteuse jusqu'à 4m de base qui peut intéresser le marché du corporate par exemple.
Les auteurs de court-métrages en HD risquent d'être étonnés par leurs propres images, magnifiées voire un peu embellies, mais leur vrai problème est de trouver une diffusion suffisante... en 2k ! Cela donne en tous cas envie de passer à la prise de vue en 4K, qui reste évidemment supérieure à ce 2K survitaminé.
Avec ce produit dont la diffusion sera probablement ultra confidentielle, Sony marque surtout son territoire de pionnier du 4K, un territoire qui s'étend désormais du home cinéma à la caméra F65.
Sharp présente à l'IFA de Berlin un téléviseur 8K de 190x105cm (216 cm de diagonale) en résolution 7680x4320 pixels.
190cm c'est grand pour un salon et pourtant il faut avoir le nez dessus (85cm !) pour en profiter pleinement : l'image doit occuper 130° du champ visuel si on veut distinguer tous les détails. En pratique cette super-résolution permettra surtout de faire de la 3D sans lunettes en résolution 2k.
Si la haute résolution 4K devient la norme dans le monde anglo-saxon (déjà des milliers de salles équipées), les grands réseaux d'exploitants français restent -comme d'habitude ?- debout sur les freins comme ils l'avaient été pour le 2K.
Raison de plus pour saluer l'initiative d'une salle historique : le Studio 28, salle d'Art et Essai mythique ("la salle des chefs d'oeuvre, le chef d'oeuvre des salles" disait Jean Cocteau) vient de s'équiper en 4K Sony depuis la mi-juin, avec un serveur 12To Smartjog, le TMS de DVIDEA et un processeur son AP20. Reste à trouver des DCP 4K, mais le système sublime déjà les copies 2K.
Signalons que la salle de vision Club Lincoln est aussi équipée en 4K Sony : un bon moyen de faire visionner ses court-métrages dans les meilleures conditions.
On notera que ce sont donc les indépendants qui sautent le pas en 1er.
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