
1er PRIX COLLÈGE
La harde de Kathy Sebbah
Une forêt, un fusil, quatre amis. C’est une sorte de “chasse improvisée” qui semble s’annoncer, jusqu’à ce que la rencontre avec un homme cheminant seul dans cette forêt change la donne.
Renforcée par une musique rare et mélancolique – quand ce ne sont pas de longs silences –, une atmosphère pesante s’installe à l’arrivée de cet homme étrange, et surtout inquiétant. Une ambiguïté tendue s’établit entre Émir (l’homme mystérieux) et un des jeunes hommes, renforcée par une scène de nudité sous l’eau. On ne sait pas quelle est la nature de ce lien : une attirance inexplicable, ou, au contraire, une haine visible dans le regard méfiant du jeune homme ? L’ambiance se tend encore plus lorsque Émir se retrouve confronté à son passé apparemment violent face à une biche qu’il abat.
Tout au long de l’histoire, cette ambiance dérangeante persiste, même après le départ d’Émir. Les jeunes hommes qui entrent dans la forêt et ceux qui en ressortent ne semblent plus être les mêmes. L’atmosphère déroutante de ce court métrage est illustrée par des couleurs ternes et un vert dominant rattaché à la forêt. Les significations qu’elle représente, tels que la liberté, la pulsion et l’inconscient laissent penser que ce lieu n’a pas été choisi par hasard.
J’ai beaucoup apprécié ce court métrage, pour sa simplicité et son ambiguïté. La variété des interprétations laisse libre cours à d’innombrables questions. Tout est suggéré : doit-on y voir, comme sujet, la perte de l’innocence, ou, tout simplement, une partie de chasse entre amis gâchée par la présence d’un homme ?
Mélina Ghorafi, 3e 2, collège Charles-Péguy, à Moulins
1er PRIX LYCÉE PROFESSIONNEL
La harde de Kathy Sebbah
La harde est un court métrage français de Kathy Sebbah une fiction de vingt minutes et quarante secondes.
C’est l’histoire d’une jeune bande de garçons qui s’improvise une partie de chasse en forêt. À bord de leur voiture, les jeunes croisent la route d’un homme à l’allure plutôt étrange. Ils décident de le prendre en auto-stop et donc de l’emmener avec eux. Ils finissent par s’arrêter quelque part dans la forêt. Ils prennent un fusil de chasse et ils s’en vont se promener à la recherche d’un gibier à abattre. En route, l’un des jeunes manque de se noyer mais il est repêché par l’auto-stoppeur. Celui-ci par la suite va accomplir un geste que les jeunes n’auront pas le courage de commettre, achever un chevreuil qu’ils avaient blessé.
Ce court métrage n’est pas compréhensible dans son ensemble et je pense que c’est pleinement l’intention de la réalisatrice. L’histoire est floue et tout le long du court métrage on se demande ce qu’il va se passer. Le spectateur ressent alors une certaine angoisse et lorsque le court métrage se termine, on s’attend enfin à savoir le dénouement de l’histoire, mais le spectateur restera dans l’incompréhension. Ses principaux atouts sont qu’il est tourné de façon à provoquer de l’angoisse chez le spectateur. L’histoire n’est pas claire, rien n’est prévisible ; il rappelle les films d’horreur avec une musique oppressante, des bruits inquiétants, des personnages énigmatiques. J’ai trouvé qu’il était différent des autres courts métrages et donc je trouve normal que je lui prête plus d’attention qu’aux autres. J’ai trouvé ce court métrage vraiment très captivant car ce film montre à la fois l’aspect de l’inconscience des ados et une démarche originale de la réalisatrice qui cherche au fil des images à nous emmener sur différentes routes qui ne donnent pas les codes d’un dénouement à cette histoire. L’imagination du spectateur est mise à rude épreuve et à chaque seconde, tout peut basculer dans l’horreur. Comme pour ces adolescents insouciants, le spectateur reste en suspens entre deux mondes.
Anthony Thelier, Terminale, Lycée Pierre Boulanger, à Pont-du-Château
Voir le DVD# 14 de La petite collection de Bref et Bref n°89
2e PRIX COLLÈGE
Adieu Général de Luis Briceno
Et si votre vision des choses se résumait en cinq minutes, faite d’assemblages de vidéos ? Imaginez votre enfance illustrée par un film amateur. Une histoire qui n’est pas forcément joyeuse mais qui, grâce à une voix off décalée et ironique, grâce à des trucages faits avec de la grosse ficelle, devient drôle et passionnante. Luis Briceno nous livre une partie de son autobiographie : son enfance chilienne. Adieu Général est sans doute le court métrage le plus amusant et original de la série.
Comme toute enfance, elle a ses côtés drôles, comme l'histoire des yaourts ; mais aussi des côtés plus sérieux : pourquoi faut-il écouter Radio Moscou et bouder la télévision chilienne ? Les couleurs un peu passées donnant un côté nostalgique, les bruitages, les décors faits maison (le Mur de Berlin est très réussi dans sa simplicité !) donnent au film un certain charme. Cette voix off du réalisateur qui se veut être celle de son enfance ne nous trompe pas. Ces petites touches d’humour font en effet contraste avec l’importance du sujet. On comprend que le régime de Pinochet divisait un pays : la jeunesse était surveillée et la censure était omniprésente. On a l'impression que Luis Briceno a la nostalgie de cette époque car comme il le montre lui-même dans son film, les gens savaient ce qu'ils voulaient : la liberté. Mais aujourd'hui, après la mort du dictateur, ils ne savent plus ce qu'ils veulent et la vie ne semble pas plus facile.
Adieu Général est donc un court métrage réussi car il relève le pari de montrer avec des moyens plus que limités une réalité très complexe.
Laure-Emmanuelle Chambon, 3e 3, collège Charles-Péguy, à Moulins
2e PRIX EX-AEQUO LYCÉE D'ENSEIGNEMENT GÉNÉRAL
Adieu Général de Luis Briceno
Revenir avec humour sur une période aussi sombre que la dictature de Pinochet ? C'est le pari risqué que se lance Luis Briceno dans Adieu Général ; impossible, dira peut-être celui qui ne peut ignorer les exils, exécutions et autres tortures commises par le dictateur.
Pourtant, le narrateur ose avec une ironie mordante se confronter à cette situation : le film s'ouvre sur un vieux magnétophone, instrument du flash-back. Les années 80. On embrasse alors la tonalité froide d'un terrible régime dès la première phrase : “En 1980, on fredonnait moins.” Mais c'est avec l'étonnement et la naïveté d'un enfant que l'on découvre, ensuite, les images de l'époque, Luis Briceno se remettant dans la tête et dans la peau du jeune garçon qu'il était. Et cet enfant, fils de marxiste, cultive avec humour sa différence dans un pays qui ne la supporte pas. Ce procédé permet à l'auteur d'affiner sa critique, de donner de la légèreté à des propos parfois très engagés. On entre alors dans la représentation du monde d'un enfant, pour qui les nuances n'existent pas, où tous les marxistes portent la barbe, où la guerre des étoiles est une guerre entre étoiles. Un récit où une reine personnifie l'Angleterre, où Maradona incarne l'Argentine, où les dictateurs sont en papier, où des grenouilles bondissantes applaudissent Mitterrand ; assemblage de dessins, portraits d'époque, pots de yaourts superposés, cartes géographiques, forment un univers visuel, ludique et déroutant sur lequel la voix off fait courir un commentaire décalé et drôle.
De l'humour, de la caricature aussi, pour un court métrage qui, finalement, fait sortir la criante vérité de la bouche d'un enfant.
Hugo Meral, 2nde 4, lycée Jeanne d'Arc, à Clermont-Ferrand
Voir l'interview de Luis Briceno sur La petite lucarne.
3e PRIX COLLÈGE
Logorama du collectif H5
Première image : Malibu. Los Angeles. La vie est belle, les papillons volent sous le soleil estival de la pimpante ville américaine au rythme d'une musique entraînante lorsque deux policiers obèses, des bibendum, se lancent à la poursuite du méchant Ronald McDonald, un trafiquant d'armes. Alors les catastrophes s’enchaînent : une prise d'otage tourne au drame, interrompue par un tremblement de terre qui éventre le sol ; les animaux du zoo envahissent la ville, que réussit à quitter la mascotte d'Esso et son petit protégé. Tout s’écroule : c'est la fin du monde “marquetisé”.
Voici résumé Logorama, le court métrage d’animation le plus couru des festivaliers clermontois (et les héros de ce court étant à l'effigie de la mascotte de Michelin, on ne peut s'empêcher d'y voir un clin d'œil à Clermont et son festival !). Les raison du succès : beaucoup de rythme, d’humour au second degré, et surtout le fait que Logorama, réalisé en six ans par les graphistes du collectif H5, repose sur une idée géniale ; tout, absolument tout, des acteurs aux décors, est représenté par ces logos que l'on voit dans la vie de tous les jours, ce qui rend curieux.
Question scénario, l'idée est donc plutôt simple : il démarre comme un film policier et se poursuit en film catastrophe. Le message paraît également clair : il nous montre que l'on a créé un monde entier avec des marques ; mais ceci nous conduit à nous interroger sur la société actuelle, d'autant qu’à la fin on assiste d’abord à l’anéantissement du “monde des marques” sur terre … puis son prolongement dans l’univers !
Maël Tanneau, 4e 3, collège Jeanne-d’Arc, à Clermont-Ferrand
1er PRIX LYCÉE D'ENSEIGNEMENT GÉNÉRAL
Plastic and Glass de Tessa Joosse
Le chaos. C’est ce qu’inspire le premier plan de Plastic and Glass, de Tessa Joosse. Des plans fixes, longs, filment le mouvement continuel des machines opérant un premier tri des ordures. C’est un commencement à la fois long, effréné, continuel et très découpé. Un big-bang générant un nouvel univers.
Bientôt, les premiers signes d’organisation se font sentir. Sans qu’on y prête attention au début, un rythme s’installe. Un cliquètement régulier. Gros plan sur les plis du coude d’une veste, répétant inlassablement le même mouvement. Une machine bien particulière, architecte d’un univers de plus en plus contrôlé. Les plans sont moins longs, l’action plus calme. L’élément manquant arrive un peu plus tard. L’élément suprême, la finalisation de ce nouveau cosmos : la vie.
Un homme dans une machine trie les déchets en chantant avec mélancolie. Les coudes au mouvement régulier deviennent des hommes et des femmes qui le rejoignent en chœur. La caméra les filme maintenant avec douceur, dévoilant leur humanité. À partir de rien, ils ont créé un tout. De la crasse, ils ont fait naître la beauté.
Alors que l’on contemple, ébahi, l’harmonie entre les hommes, les machines et les déchets, alors que cette naissance magique et majestueuse nous touche d’une manière indescriptible, le son diminue soudain, et la camera se pointe vers une fenêtre.
Dehors, ils ne savent rien. Ils ne voient pas. Nous, nous voyons. La beauté depuis la laideur. L’univers secret du plastique et du verre.
Roman Carrasco, 2nde 5, Lycée Charles de Gaulle, à Londres
2e PRIX EX-AEQUO LYCÉE D'ENSEIGNEMENT GÉNÉRAL
Plastic and glass de Tessa Joose
Plastic and glass, voilà bien une drôle de chanson d’amour ; dans une usine de recyclage au Nord de la France, chanté par un chauffeur de camion, accompagné par l’originale cadence et les sons de l’usine. Tessa Joose illustre une autre façon de concevoir le travail d’ouvrier de recyclage, un thème qu’on n’a pas l’habitude d’aborder au cinéma. La monotonie du tapis roulant, du processus mécanique, le bruit irritant des déchets écrasés, broyés par le mouvement répétitif des machines deviennent alors harmonisés. En effet, dans une usine où les hommes ne se parlent pas et subissent la régularité imposante et mécanique, tout cela dans une atmosphère de plastiques, papiers, verres, cartons, naît alors une poésie. C’est par là que Tessa Joose fait habillement monter en surface la place de l’ouvrier de sa dure réalité professionnelle. Ainsi elle réalise ce film musical, où chaque ouvrier chante en chœur, fait en quelque sorte danser les machines : virage circulaire des véhicules de transports, rejets des déchets synchronisés et rythmés. Une chanson d’amour plongée dans un monde recyclé : “On s’abritera à l’ombre d’un arbre en papier d’aluminium” ou encore “Je t’inventerai une montagne en carton et une mer de verre”, mais aussi une chanson entraînante et puissante qui rompt la monotonie du travail. Cette harmonisation s’accompagne par certains plans fixes joliment mis en avant, mettant en valeur l’immense roulement mécanique, un broyeur de déchets comme un orchestre musical. Neuf minutes suffisent alors pour transformer une certaine laideur en beauté, le bruit en son, une monotonie en litanie envoûtante ; tout ça, le temps d’une chanson.
Adrien Bes, Terminale ES 6, lycée Saint-Exupéry, à Lyon
Voir le DVD# 14 de La petite collection de Bref et Bref n°89
3e PRIX LYCÉE D'ENSEIGNEMENT GÉNÉRAL
Madagascar, carnet de voyage de Bastien Dubois
Eh ! Vahaza, tu connais Madagascar ?
L’île rouge nous accueille à bras ouverts avec les sourires chaleureux des Malgaches !
Vivant, chantant et dansant, ce carnet de voyage nous entraîne entre ses pages à la découverte de l’île rouge, Madagascar.
Le zoom avant et la musique enivrante nous propulsent au cœur de Madagascar. Le carnet s’ouvre, les pages s’animent et nous font suivre le parcours d’un voyageur occidental à Madagascar. On embarque alors pour l’île rouge afin d’y découvrir un rituel bien particulier : la Famadihana, le retournement des morts.
Mélange de dessins, tickets, photos, objets et matières, ce court métrage est d’une rare originalité. En effet, on y découvre une scène totalement brodée ! Le réalisateur casse ainsi l’image du documentaire. Il nous happe et nous plonge dans ses rues et ses marchés grâce à des vues subjectives. De plus, ce film est un incroyable mélange de scènes lumineuses, touchantes et attachantes.
Ce film nous divertit autant qu’il nous informe et nous découvrons des paysages d’une extraordinaire diversité.
Fluides, criants de vérité et originaux, les dessins sont communicatifs de joie et de bonne humeur, et sont à la hauteur de la beauté de l’île. On aime beaucoup la série de survols de paysages luxuriants de Madagascar avec des couleurs qui semblent irréelles et qui magnifient le paysage, rythmés par une musique traditionnelle entraînante.
C’est un vrai bijou exotique, plein de générosité qui promet un voyage inoubliable.
Pourquoi passer des heures dans un avion quand on peut être propulsé à Madagascar en quelques secondes ?
Manon Azalbert, 2nde 7, Lycée René Descartes, à Cournon d’Auverge
Voir l'interview de Bastien Dubois sur La petite lucarne.
1er PRIX OPTION CAV
Not Even Death de Monica Winter Vigil
Pour le meilleur et pour le pire.
Cet homme aime sa compagne ; ça se voit dans ses gestes, ça se ressent dans son regard. Il descend à la cave rendre sa visite quotidienne, pour la nourrir, s’occuper d’elle, tenter de retrouver la femme qui est en elle. Not Even Death, de Monica Winter Vigil, nous égare entre beauté du sentiment et horreur. Comme dans une tragédie grecque, nous ressentons terreur et pitié pour les personnages. L’angoisse nous submerge car nous sommes, nous aussi, piégés dans la pénombre du sous-sol, qui pourtant recueille un amour infini. Aimer malgré la différence, malgré l’insoutenable, l’irréversible… L’espoir qui déborde des yeux de l’homme ne peut que nous faire espérer avec lui. Nous avons envie que tout s’arrange, que cela se termine, que l’atrocité du monde disparaisse – pourtant, une ultime et simple question d’enfant nous assure que le pire n’a pas dit son dernier mot.
Le tour de force du film réside dans le choix du lieu clos, unique endroit, aux antipodes des films habituels de zombies, avec hordes de morts-vivants et espaces contaminés divers. Pas de course-poursuite ici ; pas de suspense. Simplement l’amour enchaîné et défiguré. Autant dire que ce court métrage d’à peine six minutes est un vrai régal pour les amateurs de film d’horreur, mais pour bien d’autres aussi. Une amère relecture de la formule souvent employée : “L’amour plus fort que la mort”…
Ariane Assémat, 2nde 5, Lycée Paul-Cézanne, à Aix-en-Provence